La Huitième Couleur

Posted on Fri 04 October 2019 in Lecture

Je débute cette nouvelle catégorie d’articles. Elle va me permettre de publier bien plus régulièrement. Je vais m’atteler ici à vous présenter mes lectures. Celles que j’aime mais aussi celles que je n’aime pas. Je vais également essayer d’inclure certaines de mes lectures de cette année. Certains d’entre vous semblent intéressés par l’idée. Alors n’hésitez pas à me donner les améliorations possibles en commentaire ou sur les réseaux sociaux (Twitter ou Mastodon).

titre:La Huitième Couleur
auteur:Terry Pratchett
traduction:Patrick Couton
publication:1983
genre:heroic fantasy, humour

La biographie

Haaaa, Terry Pratchett ! Quoi de mieux que de commencer par mon auteur préféré. Terry Pratchett donc, homme de colère selon un de ses amis, Neil Gaiman. Il naquit en 1948 dans un bourg britannique. Il s’intéressait fortement à l’astronomie tout en étant baigné des œuvres de science-fiction de son époque. Il débuta par une carrière de journaliste, tout en ayant déjà publié sa première nouvelle depuis longtemps.

Il continuait à écrire tout en travaillant, passant d’employeur en employeur. En 1980, il était responsable de la communication d’un opérateur d’électricité. Entre temps, il avait écrit Le Peuple du Tapis, La Face Obscure du Soleil et Strate-à-gemmes. Mais surtout, en 1983, sortit son premier livre de la série du Disque-Monde : La Huitième Couleur. Ce fut le point de départ d’un succès planétaire. Terry Pratchett se consacra à temps plein à ses romans au bout du quatrième tome des Annales du Disque-Monde.

Il écrivit peu de livres en dehors de sa série déjantée, comparativement à son rythme de publication. Il a notamment collaboré avec Neil Gaiman pour De bons présages, adapté en série par Amazon. Quant aux Annales du Disque-Monde, il en écrivit trente-cinq volumes. Ainsi que six Romans du Disque-Monde, un recueil de nouvelles, des recueils des Annales du Disque-Monde, trois vade-mecum, des livres de vulgarisation scientifique, un livre de recettes de cuisine, des cartes, des BD et j’en passe. L’univers du Disque-Monde est donc extrêmement riche.

Terry Pratchett fut largement récompensé pour son œuvre, tant par des prix littéraires - beaucoup de prix littéraires - que par un anoblissement. Il aurait commenté sur son nouveau titre que tout auteur de fantasy rêve de devenir chevalier et qu’il aurait bien aimé acheter une épée et un cheval. Il obtint aussi plusieurs diplômes à titre honorifique notamment pour ses livres de vulgarisation scientifique.

Terry Pratchett luttait contre les injustices et en marqua largement ses œuvres. L’univers du Disque-Monde transpose de vrais problèmes de société et les critique ouvertement. Par exemple, Le Régiment Monstrueux s’inquiète de la place de la femme dans nos sociétés. Ou encore, le guet municipal présent dans de nombreux livres, accepte toutes les races dans ses rangs : loups-garous, trolls, nains, humains, mais pas les vampires. Terry Pratchett lutta également pour la légalisation de l’euthanasie et contre la maladie d’Alzheimer dont il mourra en 2015. Son compte twitter afficha alors “AT LAST, SIR TERRY, WE MUST WALK TOGETHER,” en reprenant la manière de parler en majuscule de la Mort, un des personnages récurrents du Disque-Monde.

Le synopsis

Venez découvrir Ankh-Morpork, ses ruelles désuètes, ses coutumes, ses tavernes pittoresques et leurs bagarres, ses héros, son fleuve à l’odeur fétide, ses voleurs, ses assassins et bien d’autres choses touristiques ! Selon Rincevent, mage de l’Université de l’Invisible - mais recalé -, pittoresque veut dire vertigineux et désuet est un synonyme de ravagé et en ruine. Mais venons en à l’histoire. Dans une dimension mal conçue, la grande tortue A’Tuin soutenait quatre éléphants sur lesquels reposait le Disque-Monde. Sur ce dernier, la ville en deux parties d’Ankh-Morpork accueillait l’Université de l’Invisible où étaient formés les mages du continent. Rincevent y avait étudié mais, suite à un pari, il s’était introduit dans la pièce interdite où reposait l’In Octavo, un livre d’une puissance extrême. L’un des huit grands sortilèges s’échappa alors du livre pour rejoindre la tête de Rincevent. Les sorts communs refusaient de rentrer par terreur, ce qui valut à Rincevent son exclusion.

Un bâteau arriva dans le port d’Ankh-Morpork et un étranger peu commun en descendit. Ce dernier était muni d’un livre de conversation, d’une boite à image démoniaque, et d’un coffre rempli d’or. Bref, un touriste naïf débarquant dans un des lieux les plus pauvres. Un idiot diront certains. Alors que des mendiants en avaient après l’or, Rincevent était très intrigué par le coffre, le contenant. Il avait été recalé mais il reconnaissait encore le poirier savant. Et un coffre capable de marcher à côté de son maître était une rareté très intéressante.

Différentes péripéties obligèrent Rincevent à devenir le guide de Deuxfleurs, ce premier touriste de toute l’histoire du Disque. Le Patricien avait su se montrer très persuasif. C’est ainsi que commença le périple de Deuxfleurs et de Rincevent.

Conclusion

J’ai relu La Huitième Couleur récemment et je dois avouer qu’il me semble moins bon que la première fois. Il manque ce petit quelque chose d’un univers bien plus travaillé, plus sombre aussi, de la suite du Disque-Monde. Il n’en reste pas moins que La Huitième Couleur reste pour moi un excellent livre, avec des personnages hauts en couleur. Rincevent est clairement un mage totalement raté, mais il a un talent : celui de fuir. Il rencontre plusieurs fois la Mort - personnage masculin - et fait tout pour lui échapper. Deuxfleurs est la satyre du touriste niais et incapable, à toujours s’émerveiller de tout et n’hésitant pas à se mettre en danger pour prendre des images, des photos comme nous disons de nos jours. Même les personnages secondaires sont travaillés. Le Patricien maîtrise sa ville d’une main de fer. La Mort a une façon de parler très caractéristique, très humoristique aussi.

La politique n’est qu’à peine esquissée sur cette introduction à l’univers pratchettien mais le chemin est déjà tracé pour la complexifier. L’arrivée du touriste a chamboulé l’économie de la ville, et en résulte de profonds changements. Les commerçants se dressent contre les voleurs et les assassins, et l’arrivée de l’or en grande quantité dans une région pauvre se transforme en catastrophe (ce n’est pas un spoiler, c’est au début du livre). Nous sommes clairement face à une critique du tourisme qui étale ses richesses faisant fi de la situation économique d’un pays. Car ici, l’univers de fantasy critique notre monde à nous et le contexte de l’écriture est donc important.

Terry Pratchett transforme son univers pour satisfaire son scénario et en fait un élément important. Il n’y a pas de dragons dans ce premier tome des Annales du Disque-Monde : ils ont disparu. Mais il suffit d’une zone contaminée par des relents de magie pour que les dragons deviennent réalité. La magie est une énergie mal maîtrisée, une aberration et un danger permanent. Elle peut ainsi rappeler les peurs liées à l’énergie nucléaire. Terry Pratchett était d’ailleurs employé dans la société qui gérait Thee Miles Island un an après l’accident. Certes, je divague ici mais je pense sérieusement que la magie du Disque-Monde prend inspiration des technologies de notre monde. Rincevent dit lui-même qu’il aimerait un univers où la magie serait remplacée par quelque chose de plus scientifique, comme la maîtrise de la foudre.

Pour reprendre les mots de Cécile Duquenne, Deuxfleurs et Rincevent sont protégés par une armure en scenarium : le scénario s’arrange pour les garder en vie quoi qu’il arrive. Et pourtant le suspens est bien présent. D’une part parce que le Huitième Sortilège dans la tête de Rincevent peut sortir à tout moment, sans qu’on en connaisse l’effet et d’autre part parce que l’histoire fait la part belle aux Deus Ex Machina. Les dieux interviennent directement. Mais les dieux jouent. L’aventure des deux protagonistes n’est qu’une bataille féroce entre le Destin et la Dame. Au final, les personnages ne sont plus que des pions sur un plateau de jeu. Et par ailleurs, Deuxfleurs est-il réellement aussi naïf ? Il est vendeur de hache-sueur-rance, et il s’agit pour lui de parier que des catastrophes n’arriveront pas. C’est un spécialiste du risque, ou peut-être un joueur de plus ?

La Huitième Couleur n’est que le premier essai, indissociable du Huitième Sortilège d’une critique majeure de notre société. Et cela n’est pas dénué d’humour, d’une plume toujours au plus juste. Lire du Terry Pratchett, c’est à la fois passer un agréable moment tout en observant nos travers les plus sombres. Certes, l’univers n’est pas encore assez étoffé par rapport à la suite des Annales du Disque-Monde, mais La Huitième Couleur reste un excellent livre que je conseille chaleureusement à toute personne friande d’humour absurde.

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